Malbouffe, a-t-on vraiment le choix ?

Vivons-nous sous l’influence de la malbouffe ? Ce phénomène touche nos sociétés bien au-delà des simples choix individuels. De nombreux acteurs (FIAN, SPF Santé Publique, Sciensano, Manger Demain, FAO, etc.) mettent en lumière les dérives du modèle de production agroalimentaire et tentent d’encourager l’accès à une alimentation plus durable.

L’augmentation significative des aliments ultra-transformés est le reflet d’un système alimentaire globalisé privilégiant des produits standardisés, souvent pauvres en nutriments et saturés en sucres, graisses et additifs. Cette évolution du marché de l’alimentation n’est pas sans conséquences : les maladies chroniques se multiplient, les inégalités sociales s’aggravent et la santé publique s’en trouve dangereusement affectée.

En Belgique, l’Enquête de Santé 2018 de Sciensano indique que 49,3 % des adultes présentent un surpoids (IMC ≥ 25), dont 15,9 % sont considérés en situation d’obésité (IMC ≥ 30).

Souvent, la responsabilité est attribuée aux consommateurs, en raison de choix alimentaires qui peuvent sembler éloignés des recommandations de santé. Cependant, dans un environnement marqué par les intérêts privés et la publicité intensive, cette liberté de choisir une alimentation saine devient une illusion. Face à cette réalité, il est impératif d’agir sur les structures qui influencent nos comportements alimentaires pour garantir à tous le droit fondamental de bien manger.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les maladies non transmissibles telles que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, certains cancers et le diabète de type 2 représentent 80 % des décès prématurés. Une alimentation saine, riche en fibres, fruits et légumes, constitue un levier majeur de prévention.

Le droit à une alimentation saine

Le droit à l’alimentation, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, inclut non seulement la disponibilité des denrées, mais aussi l’accès à une nourriture préservant la santé et la dignité des individus.

Les aliments ultra-transformés, omniprésents dans les zones urbaines et souvent plus accessibles que les alternatives saines, constituent une menace majeure pour la santé publique. Ces produits sont riches en calories, mais pauvres en nutriments essentiels comme les fibres, vitamines et minéraux. Leur consommation excessive représente un coût caché[1] pour notre santé et est directement liée à l’augmentation de maladies maladies chroniques et non-transmissibles telles que l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certains cancers.

Cette problématique soulève également des questions d’équité sociale. Les quartiers les plus défavorisés présentent souvent une offre alimentaire déséquilibrée voire malsaine, tandis que les options saines se révèlent être plus coûteuses et difficile d’accès. En Belgique, les études de Sciensano[2] montrent que ces quartiers enregistrent des taux d’obésité plus élevés. Cela contribue à aggraver les inégalités de santé et entraîne des conséquences telles qu’une morbidité accrue, une baisse du bien-être mental, une réduction de l’espérance de vie en bonne santé et une pression croissante sur les systèmes de soins.

[1] Résumé de La Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2023, FAO

[2] https://www.sciensano.be/sites/default/files/hsr2021_fr.pdf

Marketing et environnement alimentaire, des choix influencés

Le marketing joue un rôle clé dans la popularité des aliments ultra-transformés, ciblant notamment les jeunes consommateurs afin de stimuler la consommation d’un public plus vulnérable. Ces campagnes associent ces produits à des notions de plaisir, de praticité et de modernité, créant une dépendance émotionnelle et comportementale.

Les industriels optimisent même ce qu’ils appellent le « point de félicité », c’est-à-dire le niveau exact de sucre, de sel et de gras qui maximise le plaisir du consommateur. Ces aliments sont conçus pour stimuler le circuit de la récompense et renforcer des choix biaisés.

Le marketing ne répond pas simplement à une demande existante, il la crée. À travers des publicités omniprésentes sur les réseaux sociaux, la télévision ou dans les espaces publics, les consommateurs sont conditionnés à privilégier des produits malsains au détriment d’options équilibrées. Ces pratiques limitent la capacité des individus à faire des choix éclairés et favorisent des habitudes alimentaires déséquilibrées dès le plus jeune âge.

À la télévision, un enfant européen est exposé en moyenne à 1 715 publicités pour des aliments malsains chaque année, et sur internet à 183 par semaine. Ces sollicitations répétées façonnent les préférences dès le plus jeune âge et limitent la liberté réelle de décision.

L’étiquetage et les labels alimentaires jouent également un rôle clé. Certains fabricants utilisent un « étiquetage propre » pour masquer la présence d’additifs derrière des appellations plus neutres. On retrouve par exemple des biscuits vendus comme ‘céréales complètes’ alors qu’ils en contiennent à peine 15 %, ou des bouillons ‘sans exhausteurs de goût’ contenant pourtant de l’extrait de levure riche en glutamate . Ces pratiques renforcent la confusion des consommateurs et alimentent la méfiance.

Développer la confiance et les compétences pour préparer soi-même des repas sains constitue un levier important. Cuisiner à partir d’ingrédients bruts permet non seulement de limiter la dépendance aux aliments ultra-transformés, mais aussi de renouer avec une relation plus consciente et équilibrée à l’alimentation.

Le glutamate monosodique (E621) est un additif alimentaire utilisé comme exhausteur de goût dans de nombreux produits transformés. Une consommation excessive peut entraîner des effets secondaires chez les personnes sensibles, tels que maux de tête, palpitations, nausées… Des études ont également mis en évidence sa potentielle neurotoxicité, son rôle dans la destruction des neurones, et son implication dans des maladies comme Alzheimer, Parkinson, ou encore le diabète de type 2. Il pourrait aussi créer une dépendance en perturbant les mécanismes de satiété et en stimulant excessivement les centres du plaisir dans le cerveau. Voici les termes sous lesquels il peut être caché (extrait de levure, levure hydrolysée, arômes, extraits d’épices, extraits de soja, sauce au soja, protéines de soja, protéines texturées, goût bacon, isolat de protéines, maltodextrine…)

Vers une alimentation plus durable

Face à ces constats, il est impératif de transformer notre environnement alimentaire pour garantir un véritable droit au bien-manger. L’alimentation étant un des principaux déterminants de notre santé, plusieurs mesures peuvent être mises en place pour y parvenir.

La Cellule Manger Demain agit pour une transition vers une alimentation durable, en soutenant les initiatives locales, en sensibilisant les citoyens, en accompagnant des cuisines de collectivité et en rendant accessible au plus grand nombre une alimentation saine. Il ne s’agit pas seulement de protéger la santé publique, mais aussi de défendre un droit fondamental : celui de choisir une alimentation saine dans un environnement favorable.

La transition alimentaire est un défi collectif. En redonnant le contrôle aux consommateurs de choisir des aliments de qualité relevant d’un système alimentaire durable, on investit à long terme en matière de soins de santé, de protection de l’environnement et de soutien d’une agriculture nourricière.

Les pistes d’actions pour y parvenir sont nombreuses : généraliser les cantines durables, faciliter leur accès par des mesures telles que la gratuité, réglementer la pub sur la malbouffe ou l’implantation de nouvelles enseignes de restauration rapide aux abords des écoles, généraliser le Nutri-Score sur les packaging alimentaires… Il est désormais nécessaire de faire converger ces solutions pour une transition alimentaire qui soit protectrice de notre santé.

Pour aller plus loin...

Répertoire d’actions de sensibilisation des
jeunes face au marketing de la malbouffe

Rapport UNICEF 2025 sur la nutrition des enfants et l’impact des environnements alimentaires

Epi alimentaire édition 2025 : 5 priorités associées au plus grand bénéfice sur le plan de la santé  

Manger Demain